Jeudi 11 juin 2009 4 11 /06 /Juin /2009 11:17

Presses de l’UIB

Bertoua 2009

 

 Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui est marqué fondamentalement par une modernité agressive. Cette agressivité moderne se manifeste à travers la culture des antivaleurs, la pédagogie de la violence, la dénationalisation de la terreur, la valorisation du mal, la divinisation de l’argent, la promotion de l’hyper violence et du cyber terrorisme, la banalisation de la vie, la cybercriminalisation du vécu quotidien et l’hypostasie des « détenteurs du bouton de mis à mort » (Edgar Morin).

Cette situation de conflictuation des relations internationales, oblige l’homme à mener son existence dans une peur pathologique, dans l’angoisse et l’insécurité permanente. La forme contemporaine de la violence, du conflit et de la guerre, inquiète davantage les consciences  parce qu’elle utilise des instruments  et des armes sophistiqués, à la pointe de la technologie. Faisant ainsi du monde un immense champ de bataille, dans lequel les individus ne sont plus que des combattants sans âmes, sans pitié et sans consciences. Ce nouveau monde vide de Dieu et sans humanisme court à sa perte.

La nouvelle guerre n’oppose plus seulement des combattants armés de kalachnikov à l’ennemi, mais elle se sert abondamment des gadgets de commande à distance produits par la technologie et la cybernétique. Tout est ainsi télécommandé et informatisé de nos jours dans le cadre de la cybernétisation  de la guerre.

Au regard de la démesure et des violences de toutes natures qui affectent notre monde, il est dès lors urgent et nécessaire que tous les hommes, en tant que citoyens du monde, se réveillent afin de mener une lutte sans merci contre toutes les menaces du bien-être.

C’est dans ce contexte que se trouve justifié le projet de la sécurité humaine, qui entend défendre les droits et la dignité de la personne humaine. La sécurité humaine est donc solidaire de toute action qui vise à mettre l’homme à l’abri de la peur, de l’angoisse et de toute menace. Ce qui est enjeu dans le concept de sécurité humaine, c’est la dignité, la vie et les droits humains.

 

 

 

Le concept de "sécurité humaine“ élargit la notion traditionnelle de sécurité qui est centrée sur la protection du territoire de l’Etat. Il englobe des questions et des problèmes que les instruments de sécurité classiques ne permettent pas de régler.

 

La notion de sécurité humaine peut donner lieu à deux interprétations qui ne sont pas contradictoires. Selon la définition large, la pauvreté, la famine, la maladie et les catastrophes naturelles constituent autant un risque pour la sécurité que les conflits armés. Dans sa définition plus stricte, la sécurité humaine vise à protéger les individus contre les formes de menaces telles que les conflits violents, les violations des droits humains, l’arbitraire, l’utilisation des mines, la violence sexuelle, les déplacements internes ou la traite des êtres humains.

 

Au sein de la communauté académique, un débat a eu et a certainement lieu sur ce qui constitue la 'sécurité'. Une part substantielle du débat pose la question 'quel est l'objet de référence de la sécurité, est-ce que c'est l'Etat (comme cela a été le cas traditionnellement) ou est-ce que c'est la personne humaine ?' Beaucoup d'étudiants ont conclu que le point focal de l'étude devrait se porter sur la sécurité de l'individu - établissant le concept de 'sécurité humaine'. Malheureusement, il n'existe qu'un faible reflet de ce débat au sein de la communauté politique publique - plus spécialement au sein des acteurs traditionnels de la politique et de la sécurité étrangère dans les ministères des relations étrangères et de la défense, des bureaux des premiers ministres, dans les médias et événements et même, malheureusement, au sein des ONGs. Le discours y reste au contraire centré sur la sécurité de l'état; la défense des frontières territoriales et les tentatives de 'balance' de la sécurité des états avec les besoins des populations.

 

Alors qu'un certain progrès a été fait pour arrondir les angles des débats traditionnels sur la sécurité - avec une nouvelle convergence sur la sécurité multilatérale, la fondation de communautés sécuritaires et une attention accrue pour les droits humains et questions de justice - bien plus devrait être atteint.

 

Les conflits armés et les guerres ont changé au cours des dernières années. L'image de deux Etats ennemis envoyant leurs armées s'affronter n'est plus d'actualité. Aujourd'hui, à côté des armées régulières, les guérillas et les milices privées sont de plus en plus impliquées dans des conflits aux frontières floues. Les populations civiles sont plus que jamais les cibles de la violence. Le concept de la sécurité humaine prend en compte ces nouveaux phénomènes et met l'accent sur la protection de l'individu contre la violence politique, la guerre et l'arbitraire. Il recouvre des aspects ayant trait aussi bien à la politique de sécurité qu’à la politique du développement, de la paix et des droits humains.

L’objectif de la sécurité nationale consiste à protéger l’État des menaces extérieures. En revanche, le concept de sécurité humaine repose sur la protection des personnes. La sécurité des États ne va pas nécessairement de pair avec la sécurité des populations. Protéger les citoyens des attaques extérieures est assurément une condition préalable à la sécurité des personnes, mais elle n’est pas la seule. D’ailleurs, au cours du siècle dernier, davantage de personnes ont été tuées par leur propre gouvernement que par des forces armées étrangères. L’expression sécurité humaine est désormais largement utilisée pour décrire l’ensemble des menaces interdépendantes associées aux conflits internationaux, guerres civiles, génocides et déplacements de populations. La sécurité humaine signifie, au minimum, être à l’abri de la violence et de la peur de la violence. La sécurité humaine et la sécurité nationale devraient se renforcer mutuellement, ce qui est souvent le cas. La sécurité humaine peut être menacée à la fois par des États faibles, qui permettent le règne de seigneurs de la guerre et de milices, et par des États forts, qui commettent des exactions, telles que torture et exécutions sommaires. Si tout le monde s’accorde à reconnaître que le principal objectif de la sécurité humaine consiste à protéger les personnes, la nature des menaces contre lesquelles il faut les protéger demeure contestée. Le concept de sécurité humaine, au « sens large », exposé pour la première fois dans le Rapport sur le développement humain 1994 du Programme des Nations unies pour le développement, affirme que la sécurité humaine, c’est être à l’abri du besoin et de la peur.

La notion plus large de sécurité humaine englobe la sécurité alimentaire, un logement décent, la protection contre la pauvreté et parfois contre les « menaces à la dignité humaine ». Ses partisans font valoir, à juste titre, que la faim, les maladies et les catastrophes naturelles font bien plus de victimes que les guerres, les génocides et le terrorisme réunis. De plus, ces menaces sont souvent étroitement liées. Le concept plus « restrictif » de sécurité humaine est axé sur la violence, qu’elle soit d’origine politique ou criminelle, en sachant qu’il n’est pas toujours facile de les distinguer l’une de l’autre. Existe-til une différence entre une bande de criminels qui s’adonne au trafic de stupéfiants et recourt aux armes pour protéger ses cultures, et un groupe d’insurgés qui finance sa rébellion avec des fonds provenant de la culture et du trafic de stupéfiants ? Quelle différence y-at- il entre un soldat en permission, auteur d’agressions sexuelles, et une campagne militaire délibérément axée sur le viol, acte pouvant constituer un crime de guerre ? Ces deux approches de la sécurité humaine sont axées sur les personnes, et plutôt que d’être contradictoires, elles sont complémentaires. Toutefois, l’approche au « sens large », qui va de la pauvreté au génocide, s’est révélée jusqu’à présent trop générale pour contribuer au développement d’une politique en la matière.

Par BHAMENI
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